De l’Espace Georges-Brassens à la médiathèque François-Mitterrand, jusqu’au Dancing du Village de Brassens, le samedi 24 octobre aura été placé sous le signe de la découverte, de l’émotion et du métissage musical. Une journée où l’œuvre de Georges Brassens s’est déclinée au féminin, en espagnol et en catalan, avant de rassembler un public nombreux autour de la chanson d’auteur.

11 heures : Xéo, une autre voix pour faire entendre Brassens

À 11 heures, à l’Espace Georges-Brassens, le public était convié à une proposition singulière : « Xéo chante Brassens ». Une rencontre musicale portée par une histoire de transmission, puisque Xéo ou clara girnes la fille d’Angel Girones, artiste aux multiples facettes — auteur-compositeur-interprète, comédien, réalisateur, guitariste et chanteur — profondément ancré dans la tradition de la chanson française à texte. À leurs côtés, Alain Aouat, musicien reconnu dans la région sétoise pour ses talents d’accordéoniste, de pianiste et de guitariste, contribue à faire vivre ce répertoire exigeant, nourri par les grandes figures de la chanson française.

Mais au-delà de l’hommage, c’est une véritable relecture de l’œuvre de Brassens qui se dessine. Avec sa voix féminine, fragile et sensuelle, Xéo choisit la nuance plutôt que l’imitation, l’intimité plutôt que la démonstration. Elle ne cherche pas à reproduire les interprétations auxquelles le public est habitué, mais à révéler d’autres reliefs dans des chansons que l’on croit pourtant connaître par cœur.

Cette approche prend tout son sens face à l’image traditionnellement associée à Brassens : celle d’un homme à la guitare, à la voix rocailleuse, à l’ironie mordante et à la gouaille volontiers canaille. En s’éloignant de ces codes, Xéo ne trahit ni l’esprit ni la lettre du répertoire. Elle en déplace simplement le point de vue. La douceur de son interprétation n’atténue pas l’impertinence des textes ; elle en souligne, au contraire, les subtilités, la poésie et parfois la mélancolie.

À travers cette voix féminine, Brassens se laisse entendre autrement. Les mots conservent leur insolence, les textes leur liberté, mais leur résonance évolue. C’est là toute la force de cette proposition : démontrer qu’une œuvre patrimoniale ne demeure vivante qu’à la condition d’être constamment réinterrogée, réappropriée et transmise.

Se produire à Sète, ville natale de Georges Brassens, confère naturellement à cette démarche une dimension particulière. Dans cette cité où la mémoire du chanteur imprègne encore le paysage culturel, chaque interprétation entretient un dialogue singulier entre héritage et création. Repérée et programmée par le collectif Cap Brassens, Xéo trouve ainsi un cadre privilégié pour affirmer sa propre identité artistique et inscrire sa lecture du répertoire dans une tradition de transmission.

L’histoire familiale ajoute une dimension supplémentaire à cette rencontre. De père en fille, la chanson devient un langage partagé, un patrimoine qui se transmet sans se figer. Une illustration concrète de cette filiation artistique qui permet aux œuvres de traverser les générations sans perdre leur force originelle.

15 heures : Marc García, Brassens au-delà des frontières

Changement d’atmosphère à 15 heures, à la médiathèque François-Mitterrand, où le public retrouvait Marc García Arnau, auteur-compositeur-interprète et poète originaire d’El Prat de Llobregat, près de Barcelone, pour un mini-récital placé sous le signe du partage culturel.

Artiste nomade, ayant vécu dix ans à Madrid puis deux ans à Paris, Marc García a noué au fil de son parcours un lien profond avec la chanson française. Son univers, nourri de poésie et d’une sensibilité à la fois ancestrale et universelle, s’inscrit dans la tradition de la chanson à texte tout en affirmant une identité singulière.

Mais la véritable surprise de ce rendez-vous résidait dans la découverte de chansons de Brassens interprétées en espagnol et en catalan.

Entendre ces textes emblématiques résonner dans d’autres langues, c’est mesurer à quel point leur portée dépasse les frontières et les cultures. Les mots changent de sonorité, les accents se déplacent, mais l’esprit demeure : l’ironie, la tendresse, la liberté de ton et cette attention portée aux travers de l’humanité.

Une découverte aussi inattendue que réjouissante, qui rappelle que Brassens n’est pas seulement un patrimoine français. Il est aussi un auteur universel, capable de rencontrer d’autres traditions musicales et de toucher des publics bien au-delà de son territoire d’origine.

Un véritable bonheur d’écoute, et une belle illustration de l’ambition du festival : faire vivre une œuvre en la confrontant à d’autres langues, d’autres sensibilités et d’autres horizons.

En soirée : le Village de Brassens fait salle comble

La journée s’est achevée au Dancing du Village de Brassens dans une ambiance chaleureuse et festive. Pour ce rendez-vous du soir, le public a répondu présent en nombre : la salle, bondée, témoignait une nouvelle fois de l’engouement suscité par le festival 22 v’là Georges et de l’attachement des spectateurs à l’œuvre du poète sétois.

Pour ouvrir la soirée, Cyrille et Jean-Luc ont donné le ton avec leur interprétation des chansons de Brassens. Ces deux chanteurs talentueux ont entraîné le public dans l’univers du Sétois, faisant résonner ses mélodies et ses textes avec enthousiasme et authenticité.

Un début de soirée placé sous le signe du partage, où les mots de Brassens ont retrouvé toute leur saveur : une pointe d’impertinence, beaucoup d’humanité et cette liberté de ton qui traverse les générations. Dans une salle comble, la musique a naturellement rapproché les artistes et les spectateurs, réunis par une même passion pour la chanson française.

Cette ouverture a donné le coup d’envoi d’une soirée à l’image de la journée : éclectique, généreuse et fidèle à l’esprit de Brassens. Car célébrer le poète, c’est aussi permettre à de nouvelles voix de s’emparer de son répertoire, de le faire vivre sur scène et de transmettre, avec leur propre sensibilité, un patrimoine musical toujours aussi vivant.

Les oiseaux de passage

OrchestrAperta : le grand frisson italien, prélude à une aventure Brassens sans frontières.

Puis est venu le clou du spectacle, celui que tout le monde attendait : nos amis italiens d’OrchestrAperta !

Et quelle arrivée sur la scène du Dancing du Village de Brassens ! Seize musiciens réunis sur scène, une orchestration d’une ampleur remarquable, une énergie communicative et cette générosité qui caractérise nos amis transalpins. Dès les premières notes, le ton était donné : la musique allait prendre toute sa place et offrir au public un moment d’une rare intensité.

Avec OrchestrAperta, dirigé par Dario Paone, la chanson de Brassens prend une dimension nouvelle. Les arrangements donnent de l’ampleur aux mélodies, les instruments dialoguent, les sonorités s’entrelacent et l’ensemble déploie une puissance musicale capable de vous donner des frissons. Seize musiciens sur la même scène, ce n’est pas rien ! C’est une véritable architecture sonore, un travail d’orchestre exigeant, au service d’un répertoire que l’on croit parfois connaître par cœur, mais qui sait encore nous surprendre.

Et puis, au-delà de la performance musicale, il y a les hommes et les femmes. La gentillesse de nos amis italiens, leur élégance naturelle, leur sens de l’accueil et du partage ont donné à cette soirée une dimension toute particulière. Chez eux, la musique ne se contente pas de s’écouter : elle se vit, elle se partage, elle rassemble. Une générosité qui a profondément marqué cette rencontre avec le public sétois.

Mais cette présence sur la scène du festival 22 V’là Georges ne constitue pas seulement un grand moment musical. Elle prend aujourd’hui une résonance encore plus forte, puisqu’elle s’inscrit dans une histoire d’amitié franco-italienne qui s’apprête à franchir une nouvelle étape.

Mars 2027 : Brassens franchira les Alpes pour la première fois à Torre Pellice

C’est désormais officiel : un premier festival Brassens en Italie se tiendra les 19, 20 et 21 mars 2027 à Torre Pellice, dans le Piémont italien.

Une annonce importante, porteuse d’espoir et d’émotion pour tous ceux qui œuvrent depuis des années à faire vivre l’héritage de Georges Brassens au-delà des frontières françaises.

À l’origine de cette aventure, il y a une histoire humaine, celle de Giovanni Ruffino, traducteur et interprète de Brassens en langue piémontaise, fidèle partenaire artistique du festival sétois 22 V’là Georges et fervent défenseur d’un projet qui lui tenait particulièrement à cœur : faire naître un festival consacré à Brassens dans la vallée Pellice.

Le 22 mai 2020, sa disparition tragique dans un accident de montagne a laissé un grand vide. Mais son idée, elle, n’a jamais disparu. Au contraire, le lien d’amitié et de complicité artistique entre l’association sétoise Cap Brassens et le Teatro del Forte de Torre Pellice s’est renforcé, porté par la volonté de faire aboutir ce projet.

Pour transformer ce rêve en réalité, il fallait une personnalité capable de fédérer les énergies et de donner corps à cette ambition. Cette impulsion, c’est Dario Paone, directeur du Teatro del Forte, chef d’orchestre d’OrchestrAperta, arrangeur et musicien passionné, qui l’a apportée.

Homme de projets et rassembleur, il a su prolonger l’élan de Giovanni Ruffino et faire de cette idée une véritable aventure collective. Au fil des années, les artistes sétois Martine Bousquet et Hervé Tirefort se sont eux aussi produits à Torre Pellice, entretenant cette amitié musicale et préparant le terrain à ce rendez-vous inédit.

En mars 2027, cette histoire franchira donc un nouveau cap. Pendant trois jours, artistes français et italiens se retrouveront pour célébrer l’œuvre du poète sétois. Plusieurs artistes programmés à 22 V’là Georges feront le déplacement, aux côtés d’interprètes italiens qui font vivre Brassens en milanais, en piémontais ou en italien.

Le programme est actuellement en cours d’élaboration et sera prochainement dévoilé sur le site de l’association Cap Brassens.

Une musique, plusieurs langues, une même fraternité

La prestation d’OrchestrAperta au Dancing prenait ainsi une dimension toute particulière : elle donnait à entendre, en musique, ce que les liens entre Sète et Torre Pellice construisent depuis plusieurs années. Une même passion pour la chanson à texte, une même exigence artistique et une conviction partagée : Brassens appartient à tous ceux qui font vivre ses chansons.

Car derrière les arrangements, les instruments et les applaudissements, il y a une histoire de transmission, de fidélité et d’amitié. Il y a aussi la volonté de faire vivre le souvenir de Giovanni Ruffino, dont le projet trouvera en mars 2027 son prolongement naturel.

Du Dancing du Village de Brassens aux montagnes du Piémont, la chanson de Brassens poursuit son chemin. Et si cette soirée nous a donné des frissons, c’est aussi parce qu’elle nous a rappelé que la musique possède ce pouvoir rare de rapprocher les peuples, de dépasser les différences linguistiques et de transformer une passion commune en une aventure humaine.

Rendez-vous donc les 19, 20 et 21 mars 2027 à Torre Pellice, pour écrire un nouveau chapitre de cette belle histoire franco-italienne.

Giovanni Ruffino en avait rêvé. Dario Paone et tous ceux qui portent ce projet contribuent aujourd’hui à le faire vivre. Et Brassens, une fois encore, nous prouve qu’il n’a décidément pas de frontières.

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