

De Sète à Alger, une soirée où la poésie de Brassens a rencontré les voix, les cordes, les rythmes et la ferveur d’un public venu célébrer une œuvre éternelle
Il est des soirées qui s’achèvent lorsque les lumières de la scène s’éteignent.
Et puis il y a celles qui continuent longtemps après le dernier applaudissement.
Celles dont on garde une mélodie en tête, une image, une émotion, un sourire, quelques paroles qui reviennent naturellement, comme si la musique refusait de quitter les lieux.


La soirée organisée mercredi 12 août au Théâtre de la Mer appartient incontestablement à cette seconde catégorie.
Pendant plusieurs heures, le public a vécu un véritable voyage autour de l’œuvre de Georges Brassens. Un voyage artistique, musical et profondément humain, imaginé autour d’un artiste dont la disparition n’a jamais signifié l’effacement.
Bien au contraire.
Près de quarante-cinq ans après sa disparition, Georges Brassens continue de vivre avec une étonnante intensité dans la mémoire collective. Ses chansons restent présentes, ses textes continuent d’être appris, chantés, cités et transmis, tandis que de nouvelles générations découvrent à leur tour cet univers unique où la langue française devient tour à tour drôle, tendre, impertinente, mélancolique, provocatrice et profondément poétique.
Écoutons Hervé Tirefort: Président de l’association Cap Brassens
Mercredi soir, au Théâtre de la Mer, Brassens n’était donc pas seulement un artiste dont on célébrait la mémoire.
Il était au centre d’une création vivante.
Une création portée par plusieurs générations d’artistes et de musiciens, chacun apportant son propre regard sur son répertoire.
Organisée avec passion par l’association CapBrassens, cette soirée avait fait le choix de ne pas enfermer Brassens dans une simple reproduction de son œuvre.
Le pari était autrement plus ambitieux : montrer que ses chansons peuvent encore évoluer, changer de couleurs, rencontrer d’autres univers musicaux et continuer à parler au public d’aujourd’hui sans perdre leur identité.
Un pari largement réussi.
Écoutons le Chœur Brassens, qui fait revivre les chansons de Brassens et de ses copains à travers de magnifiques arrangements polyphoniques signés par la cheffe de chœur Juliette Pradelle.
Un Théâtre de la Mer placé sous le signe de Brassens
Dès l’arrivée du public, l’atmosphère était particulière.
Le Théâtre de la Mer, lieu emblématique de Sète, semblait particulièrement bien choisi pour accueillir une soirée consacrée à celui qui reste indissociable de cette ville.
Il y avait dans cette rencontre entre le lieu et l’artiste quelque chose de presque naturel.
Sète et Brassens entretiennent un lien qui dépasse largement la simple géographie.
La ville a vu naître le chanteur, mais elle a également nourri son imaginaire, ses souvenirs, ses personnages, ses paysages et une partie de cette sensibilité qui traverse son œuvre.
Voir aujourd’hui son répertoire résonner dans ce cadre donne donc à l’événement une dimension particulière.
Le public ne venait pas uniquement assister à un concert.
Il venait retrouver un univers.
Certains connaissaient les chansons depuis plusieurs décennies. D’autres les avaient découvertes plus récemment. Certains étaient venus en famille, d’autres entre amis, d’autres encore simplement par amour de Brassens.
Mais tous semblaient partager la même curiosité : entendre une nouvelle fois ces textes familiers, tout en les découvrant sous des formes différentes.





Le Chœur Brassens : lorsque les textes prennent une nouvelle dimension
La première partie de la soirée a été confiée au Chœur Brassens, dans un répertoire consacré à Georges Brassens et à ses « copains ».
Une proposition placée sous la direction de Juliette Pradelle, cheffe de chœur, qui a imaginé et dirigé les arrangements polyphoniques.
Le choix de commencer par un ensemble vocal était particulièrement pertinent.
Car la chanson de Brassens est souvent associée à une image très précise : celle d’un homme seul avec sa guitare, racontant des histoires avec cette voix immédiatement reconnaissable.
- Le chœur vient bouleverser cette image.
- Soudain, les chansons deviennent collectives.
- Les voix se répondent.
- Les harmonies se superposent.
- Les textes prennent une ampleur nouvelle.
- Certaines paroles, que l’on croyait connaître parfaitement, apparaissent alors sous un autre éclairage.
- La polyphonie permet en effet de mettre en valeur des éléments que l’écoute traditionnelle peut parfois laisser au second plan.
- Une ligne mélodique.
- Une respiration.
- Une répétition.
- Un changement d’intensité.
- Un dialogue entre plusieurs voix.
Et surtout, elle transforme l’intimité de certaines chansons en expérience collective.
Cette première partie a ainsi installé une ambiance particulièrement chaleureuse.
Le public écoutait, reconnaissait, souriait parfois avant même que les paroles ne soient entièrement prononcées.
C’est aussi cela, la puissance de Brassens : quelques notes suffisent pour réveiller une mémoire.
Un accord de guitare, une phrase, un refrain et tout un univers revient.
Juliette Pradelle, une implication essentielle dans la transmission
Au-delà de sa présence musicale, le travail de Juliette Pradelle mérite d’être souligné.
Son engagement autour de l’univers de Brassens s’inscrit dans une démarche plus large de transmission.
En tant que cheffe du Chœur Brassens et co-responsable de la programmation de La Nuit Brassens et du festival « 22 V’là Georges », elle participe activement à cette volonté de faire vivre l’œuvre du poète sétois.
Et cette transmission est aujourd’hui essentielle.
Parce qu’une œuvre peut être extrêmement célèbre et pourtant progressivement s’éloigner des nouvelles générations.
Pour éviter cela, il faut des artistes, des musiciens, des associations, des passionnés et des événements capables de créer une rencontre.
La soirée du Théâtre de la Mer remplissait précisément cette fonction.
Elle ne disait pas seulement : « souvenons-nous de Brassens ».
Elle disait plutôt : « continuons à le découvrir ».
Écoutons le trio « L’Éternel Estivant » avec Michel Avallone à la guitare, Stéphanie Meyer-Zikriet au violoncelle et Dorine Duchez à l’accordéon.
« L’Éternel Estivant » : Brassens entre guitare, violoncelle et accordéon
Après cette première séquence chorale, le public a découvert une autre approche avec le trio « L’Éternel Estivant ».
La formation réunissait Michel Avallone à la guitare, Stéphanie Meyer-Zikriet au violoncelle et Dorine Duchez à l’accordéon.
Trois instruments seulement.
Mais une palette musicale particulièrement riche.
La guitare demeure naturellement associée à l’univers de Brassens. Elle constitue presque son ADN sonore.
Le violoncelle apporte quant à lui une profondeur différente, une chaleur et parfois une forme de gravité qui permettent d’aborder certains textes sous un angle plus intime.
L’accordéon vient compléter cet ensemble avec ses sonorités immédiatement évocatrices, sa capacité à passer de la légèreté à la mélancolie et cette dimension populaire qui correspond parfaitement à une partie de l’univers de Brassens.
Le résultat donne naissance à une musique qui ne cherche jamais à imiter servilement les versions originales.
Et c’est heureux.
Car le véritable hommage n’est pas forcément celui qui reproduit le plus fidèlement.
C’est celui qui comprend suffisamment bien une œuvre pour pouvoir prendre des libertés sans la dénaturer.
Le délicat exercice de reprendre Brassens
Reprendre Brassens est un exercice plus difficile qu’il n’y paraît.
À première écoute, certaines chansons semblent d’une grande simplicité.
- Une guitare.
- Une mélodie.
- Quelques couplets.
- Un refrain.
Mais derrière cette apparente simplicité se cache un travail d’écriture considérable.
Brassens était un véritable architecte de la langue.
- Il jouait avec les sonorités.
- Avec les rimes.
- Avec les niveaux de langage.
- Avec les expressions populaires.
- Avec les références littéraires.
- Avec les doubles sens.
- Avec les sous-entendus.
Il pouvait passer d’une formule extrêmement élégante à une expression volontairement provocatrice en quelques secondes.
C’est précisément ce mélange qui fait son identité.
Une interprétation trop sage peut affadir le texte.
Une interprétation trop démonstrative peut au contraire détourner l’attention de la poésie.
L’Éternel Estivant a trouvé un équilibre entre ces deux écueils.
Les chansons pouvaient changer de couleur sans perdre leur caractère.
Elles pouvaient être abordées avec une sensibilité différente, parfois plus douce, parfois plus rythmée, parfois plus intime.
Et surtout, elles continuaient à laisser la place aux mots.
Car chez Brassens, le texte reste roi.
Écoutons Djamel Djenidi et l’orchestre El Djamila, composé de 12 musiciens et musiciennes.
Un changement de dimension !
Puis vint Djamel Djenidi… et la soirée changea de dimension
Après les voix du chœur et l’élégance du trio, une nouvelle étape allait profondément transformer l’atmosphère.
Avec « Brassens, de Sète à Alger », Djamel Djenidi et l’orchestre El Djamila ont proposé une rencontre musicale qui a donné à la soirée toute sa dimension méditerranéenne.
Et c’est à ce moment-là que le voyage a véritablement commencé.
Sur scène, douze musiciennes et musiciens accompagnaient Djamel Djenidi.
Douze personnalités musicales réunies autour d’un même projet : faire dialoguer Georges Brassens avec les sonorités algériennes.
Le résultat était à la fois ambitieux et profondément chaleureux.
Personnellement, cette partie de la soirée m’a particulièrement marqué.
Parce qu’elle démontrait quelque chose d’essentiel : une grande œuvre n’a pas besoin de rester immobile pour rester fidèle à elle-même.
- Elle peut voyager.
- Elle peut changer de langue.
- Elle peut changer de rythme.
- Elle peut rencontrer d’autres traditions.
- Et malgré tout cela, conserver son âme.


Djamel Djenidi : faire voyager les mots de Brassens
Djamel Djenidi a relevé un défi particulièrement délicat.
Il ne suffisait pas de chanter Brassens.
Il fallait le faire vivre dans un univers musical différent.
Et surtout, il fallait respecter cette langue si particulière.
Brassens n’écrivait pas simplement des chansons.
Il construisait des histoires.
Il faisait vivre des personnages.
Il utilisait des expressions populaires, des références littéraires, de l’ironie, de l’humour et parfois une forme de provocation.
Ses textes ont une architecture.
Modifier leur environnement musical demande donc une grande attention.
Djamel Djenidi a su relever ce défi en conservant l’essentiel : le sens, l’esprit et la liberté.
Sa capacité à naviguer entre le français et l’algérien ajoutait encore une dimension à cette proposition.
La langue devenait elle-même un espace de rencontre.


Une rencontre entre deux rives de la Méditerranée
« Brassens, de Sète à Alger » porte dans son titre tout le sens du projet.
- Sète.
- Alger.
Deux villes méditerranéennes.
Deux territoires culturels.
Deux histoires.
Mais également une proximité géographique et humaine qui dépasse les différences.
La Méditerranée n’est pas seulement une frontière maritime.
- Elle est aussi un trait d’union.
- Un espace de circulation.
- De migrations.
- De langues.
- De musiques.
- De souvenirs.
De cultures qui se rencontrent depuis des siècles.
Dans ce contexte, faire dialoguer Brassens avec les traditions musicales algériennes prend une dimension particulièrement intéressante.
La chanson française rencontre les rythmes algériens.
La guitare dialogue avec les percussions.
La poésie française se confronte à d’autres sonorités.
Et plutôt que de produire une opposition, cette rencontre fait émerger une complémentarité.
El Djamila : douze musiciens au service d’un même voyage
L’orchestre El Djamila a joué un rôle déterminant dans cette réussite.
Douze musiciennes et musiciens sur scène, c’est une richesse sonore considérable.
Mais c’est également un véritable défi collectif.
Une formation de cette ampleur doit trouver son équilibre.
Chaque instrument doit pouvoir exister sans prendre le dessus.
Chaque rythme doit servir la chanson.
Chaque intervention doit participer au récit.
Et c’est précisément cette cohésion qui a permis au spectacle de conserver son fil conducteur.
Les musiciens ne semblaient pas simplement accompagner le chanteur.
Ils participaient pleinement au récit.
Les rythmes devenaient parfois presque des personnages.
Les percussions donnaient de l’élan.
Les arrangements créaient des respirations.
Les sonorités algériennes apportaient une nouvelle lumière aux textes.
Et peu à peu, le public se retrouvait immergé dans un univers où Sète et Alger semblaient se répondre.
Brassens aurait-il aimé cette rencontre ?
La question peut sembler presque naïve.
Et pourtant, elle mérite d’être posée.
Que penserait Georges Brassens de cette relecture de son œuvre ?
Personne ne pourra jamais répondre avec certitude.
Mais on peut imaginer.
On peut imaginer le chanteur, avec son regard malicieux, observant cette scène.
On peut imaginer son étonnement devant certains arrangements.
Son sourire devant certaines libertés.
Peut-être même quelques remarques ironiques dont il avait le secret.
Mais on peut surtout imaginer qu’il aurait compris l’essentiel.
Ses chansons étaient faites pour vivre.
Et vivre signifie évoluer.
Brassens n’était pas seulement un chanteur.
Il était un homme profondément attaché à la liberté.
- Liberté de pensée.
- Liberté de ton.
- Liberté artistique.
- Liberté de ne pas suivre les conventions.
Alors voir son œuvre passer d’une guitare à un ensemble polyphonique, d’un trio à un orchestre de douze musiciens, puis de Sète à Alger, aurait peut-être correspondu à l’idée qu’il se faisait lui-même de la liberté artistique.
Quand Brassens devient universel
Ce qui ressortait particulièrement de cette soirée, c’est la capacité de Brassens à dépasser les frontières.
Son œuvre est profondément française.
Mais elle est aussi profondément humaine.
Ses chansons parlent de personnages que l’on pourrait rencontrer n’importe où.
- Des amoureux.
- Des amis.
- Des marginaux.
- Des rêveurs.
Des personnes rejetées par la société.
Des hommes et des femmes qui cherchent simplement leur place dans le monde.
C’est probablement pour cela que ses chansons continuent de voyager.
Parce qu’au-delà des références à une époque ou à une société particulière, il y a des sentiments universels.
Et cette universalité apparaissait avec une grande évidence dans le projet porté par Djamel Djenidi et El Djamila.
Puis les sièges se sont vidés…
Mais la soirée n’allait pas s’arrêter à l’émotion.
Après avoir écouté, après avoir voyagé, le public allait être invité à participer pleinement à la fête.
Progressivement, les rythmes se sont accélérés.
La darbouka et le tar ont pris une place centrale.
L’énergie est montée.
Et les premiers spectateurs ont commencé à quitter leurs sièges.
Puis d’autres les ont suivis.
En quelques instants, la fosse du Théâtre de la Mer s’est transformée.
Les spectateurs dansaient.
Les corps se balançaient au rythme de la musique.
Les sourires étaient partout.
La scène et la salle semblaient ne plus former qu’un seul espace.
Ce moment était particulièrement symbolique.
Car il montrait que la musique peut faire tomber les barrières les plus simples : celles qui séparent les artistes du public.
- Il ne s’agissait plus simplement d’écouter.
- Il s’agissait de participer.
- De partager.
- De vivre le moment.
De la mémoire à la fête
Cette transformation de l’ambiance constituait finalement une magnifique conclusion.
La soirée avait commencé sous le signe de la mémoire.
Elle s’achevait sous celui de la fête.
Entre les deux, le public avait traversé plusieurs univers.
- La poésie.
- La polyphonie.
- La chanson.
- La musique de chambre.
- Les sonorités algériennes.
- Les percussions.
- La danse.
Et tout cela autour d’un seul nom : Georges Brassens.
Cette progression racontait quelque chose d’essentiel.
La mémoire n’est pas nécessairement nostalgique.
Se souvenir peut aussi être une manière de célébrer la vie.
Et c’est exactement ce que cette soirée a réussi à faire.
CapBrassens : une association au cœur de la transmission
Une telle soirée ne peut exister sans une organisation solide et une équipe engagée.
Il faut donc saluer le travail de l’association CapBrassens, qui œuvre avec constance pour maintenir vivant le lien entre Georges Brassens, son œuvre et le public.
À sa tête, Hervé Tirefort, président de l’association, contribue à faire vivre cette ambition avec professionnalisme et passion.
Dans un paysage culturel où les événements consacrés à un artiste disparu pourraient facilement se limiter à une logique commémorative, la démarche de CapBrassens apparaît différente.
- L’objectif est de créer.
- De transmettre.
- De faire découvrir.
- De proposer des rencontres.
De donner aux artistes la possibilité de porter Brassens autrement.
Et c’est précisément cette philosophie qui permet à son œuvre de continuer à circuler.
Derrière la scène, des femmes et des hommes indispensables
Le public voit généralement les artistes.
Il applaudit les musiciens.
Il retient les chansons.
Mais derrière chaque événement réussi se trouvent de nombreuses personnes dont le travail reste invisible.
- Programmation.
- Organisation.
- Coordination.
- Accueil.
- Communication.
- Technique.
- Logistique.
- Répétitions.
- Préparation.
- Bénévolat.
Toutes ces tâches sont indispensables à la réussite d’une soirée.
Il convient donc également de remercier Martine Bousquet, secrétaire de l’association, ainsi que l’ensemble des équipes et bénévoles qui ont contribué à faire de ce rendez-vous une réussite.
Il faut également souligner l’investissement de Juliette Pradelle, à la fois dans le travail du Chœur Brassens et dans la programmation des événements liés à cet univers.
Derrière une soirée de quelques heures, il y a souvent des dizaines d’heures de préparation.
Et derrière ces heures, une seule motivation : la passion.
Un hommage qui ne ressemble pas à un hommage
C’est peut-être finalement la plus belle réussite de cette soirée.
Elle n’avait rien d’un hommage figé.
Elle n’a pas cherché à transformer Brassens en monument intouchable.
Elle l’a fait vivre.
Et c’est une différence fondamentale.
Un monument se contemple.
Une œuvre vivante se partage.
- Elle se chante.
- Elle se transforme.
- Elle se discute.
- Elle se réinvente.
- Elle voyage.
Elle peut même surprendre ceux qui pensent déjà tout connaître de l’artiste.
Mercredi 12 août, au Théâtre de la Mer, Brassens était donc moins une figure du passé qu’un artiste du présent.
Un artiste dont les chansons continuaient de circuler entre les générations.
Georges, pour nous, tu es toujours là
Au moment où la soirée touchait à sa fin, une évidence s’imposait.
Georges Brassens n’est pas seulement un souvenir.
Il est une présence.
Une présence dans notre mémoire collective.
Une présence dans les paroles que nous connaissons parfois par cœur.
Une présence dans les mélodies que nous fredonnons sans même y penser.
Une présence dans les éclats de rire que provoquent encore certaines de ses formules.
Une présence dans les émotions que ses chansons continuent de provoquer.
Mais surtout, une présence dans celles et ceux qui ont décidé de poursuivre le chemin.
Les choristes du Chœur Brassens.
Les musiciens de L’Éternel Estivant.
Djamel Djenidi.
Les douze musiciennes et musiciens d’El Djamila.
Les organisateurs.
Les bénévoles.
Et bien sûr, le public.
Tous ont contribué, à leur manière, à prolonger cette histoire.
Une soirée qui restera dans les mémoires
Il restera de cette soirée plusieurs images.
Les voix du Chœur Brassens ouvrant le spectacle.
Le dialogue entre guitare, violoncelle et accordéon de L’Éternel Estivant.
L’arrivée de Djamel Djenidi.
La puissance collective de l’orchestre El Djamila.
Les rythmes de la darbouka et du tar.
Le public quittant progressivement ses sièges.
Les spectateurs dansant dans la fosse.
Et cette sensation, finalement, d’avoir assisté à bien davantage qu’un concert.
Le Théâtre de la Mer est devenu, pendant quelques heures, un lieu de rencontre entre les générations, entre les cultures et entre les époques.
Sète et Alger se sont répondu.
Brassens et la musique algérienne ont dialogué.
Le passé et le présent se sont rencontrés.
Et la mémoire s’est transformée en fête.
Tant qu’il y aura des voix, Brassens continuera de vivre
Les artistes passent.
Les époques changent.
Les modes disparaissent.
Mais certaines œuvres résistent.
Elles résistent parce qu’elles parlent directement à quelque chose de profondément humain.
Georges Brassens appartient à cette catégorie rare.
Ses chansons ont traversé les décennies.
Elles ont accompagné des enfances, des adolescences, des histoires d’amour, des amitiés, des moments de solitude et des souvenirs de famille.
Elles ont été reprises dans des cafés, des salles de spectacle, des festivals, des conservatoires, des réunions entre amis et désormais sur des scènes où elles rencontrent de nouvelles cultures musicales.
Et cette capacité à se réinventer est sans doute la preuve la plus éclatante de leur force.
Brassens n’est pas enfermé dans le passé.
Il continue de voyager.
Il continue de surprendre.
Il continue de rassembler.
Il continue de faire danser.
Il continue de faire réfléchir.
Il continue surtout de parler aux gens.
Une dernière pensée pour Georges
Alors oui, Georges, tes chansons sont toujours là.
Elles n’ont pas disparu.
Elles ont changé de voix.
Elles ont changé d’instruments.
Elles ont traversé la Méditerranée.
Elles ont rencontré d’autres langues, d’autres rythmes, d’autres traditions.
Mais elles ont conservé cette chose essentielle qui fait que l’on reconnaît Brassens entre mille.
Cette liberté.
Cette poésie.
Cet humour.
Cette tendresse.
Cette insolence.
Cette façon unique de regarder les hommes et le monde.
Mercredi 12 août, au Théâtre de la Mer, tu étais là.
Dans les voix du Chœur Brassens.
Dans les arrangements de L’Éternel Estivant.
Dans la voix de Djamel Djenidi.
Dans les instruments d’El Djamila.
Dans les applaudissements.
Dans les sourires.
Dans les souvenirs.
Et finalement, dans cette fosse où le public s’est retrouvé à danser, toutes générations confondues.
Il n’y avait plus de distance entre le passé et le présent.
Il n’y avait plus de frontière entre Sète et Alger.
Il n’y avait plus de séparation entre la scène et la salle.
Il n’y avait qu’une musique.
Une mémoire.
Une émotion.
Et une immense envie de continuer à faire vivre une œuvre qui n’a jamais vraiment cessé de nous accompagner.
Georges, tu peux reposer en paix.
Tes chansons, elles, continuent leur chemin.
Elles continueront de voyager tant qu’une guitare les fera résonner, tant qu’une voix les chantera, tant qu’un musicien les réinventera, tant qu’une association les transmettra et tant qu’un public acceptera de les écouter.
Et si l’on devait retenir une seule image de cette magnifique soirée du 12 août, ce serait peut-être celle-ci : au Théâtre de la Mer, sous le ciel de Sète, un public entier debout, en train de danser sur des rythmes venus d’Alger, après avoir célébré les mots d’un enfant de la ville.
Une image simple.
Une image forte.
Une image qui résume à elle seule l’héritage de Georges Brassens.
Car finalement, le plus bel hommage que l’on puisse rendre à un artiste disparu n’est pas de pleurer son absence.
C’est de continuer à le faire vivre.
Et ce soir-là, une nouvelle fois, Georges Brassens était bien vivant.
Toujours vivant dans nos cœurs.










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